A Cernay, au soir du 11 février 1837, Georges d' ANDLAU était terrassé par une crise d'apoplexie foudroyante.


Avec lui s'éteignait le dernier mâle de la lignée des ANDLAU - Wittenheim.
Ce fils du dernier seigneur de Wittenheim était un homme attachant dont la personnalité est apparue lors d'une recherche biographique entreprise il y a déjà quelques années.
Huitième enfant du couple formé par le baron Louis Alexis D' ANDLAU et Salomée de REINACH-HEIDWILLER son épouse, il naît à Wittenheim le 28 avril 1768. La santé du nouveau-né est si fragile que l'on procède aussitôt à un baptême de nécessité.

Ce sacrement lui sera plus solennellement administré avec grande pompe le 22 mai 1769 en l'église de Wittenheim en présence de ses parrains et marraines, des REINACH et des EPTINGEN . On ne connaît rien de l'enfance du personnage sinon que son éducation semble avoir été assez stricte dans une famille qui, bien que de vieille noblesse, vivait chichement. Lorsque Louis Alexis D' ANDLAU décède en 1783, il est criblé de dettes. En vérité, c'est à partir de 1788 que le personnage Georges Conrad apparait publiquement. Après avoir obtenu un brevet de sous-lieutenant, il prend du service au régiment de Royal Deux-Ponts en quartier à Brisach. A ce titre il participe aux opérations de police en juillet 1789 suite aux troubles de la Grande Peur et destinées à disperser et à réprimer les insurgés de la vallée de Saint Amarin. Durant l'été 1791 il séjourne à Wittenheim et chaque dimanche après la messe il procède à l'enrôlement des volontaires pour la défense des frontières. Bientôt son régiment maintenant dénommé 99ème régiment de ligne est incorporé dans le dispositif de l'armée du Nord et des Ardennes, commandé successivement par ROCHAMBEAU puis LAFAYETTE . Le 22 mai 1792, alors qu'il venait d'atteindre ses 24 ans, il fut nommé capitaine. Après l'ouverture des hostilités en 1793, Georges Conrad est en première ligne avec son unité. Il participe aux glorieux combats de Condé, Jemappes et Neerwinden dans l'armée de DUMOURIEZ . Il ira jusqu'à Coblence!

Hélas les événements politiques et l'attitude des émigrés entrainent le renvoi de tous les officiers d'origine noble des armées de la République. Georges Conrad se retrouve à Wittenheim en décembre 1794. Très actif, il fut désigné Agent National en 1795 et occupa cette charge jusqu'en 1797. Il tente sans succès à se faire élire juge de paix en 1801. Georges Conrad s'était uni le 3 septembre 1790 à Félicitée Bénigne de RUEZ d'origine comtoise. Cette union fut très prolifique puisque le couple eut 10 enfants, mais 5 seulement atteindront l'âge adulte. En décembre 1804, Georges Conrad fait partie de la délégation Haut Rhinoise assistant au sacre du vainqueur d'Austerlitz. Nommé maire de Wittenheim, il exercera cette fonction de 1804 à 1811. Ce maire méticuleux dans ses comptes eut le souci du bien être de ses concitoyens. Il intervient notamment à propos de la scolarisation des enfants, du remplacement de la sage-femme, du rachat du presbytère après le retour de la paix religieuse. Il fait partie des notables du Département et figure au nombre des 500 contribuables les plus imposés malgré la faiblesse de ses revenus.

Par décret impérial donné à Saint Cloud le 24 juillet 1811, il est nommé sous-préfet à Clèves dans le Département de la Roer. A ce titre il rencontre l'Empereur et sa suite en voyage dans les nouveaux départements du Rhin en novembre 1811. Le couple D' ANDLAU y accueille la naissance d'un fils prénommé Charles Conrad. Mais bientôt l'Aigle baisse la tête. Georges Conrad cacha longtemps à son épouse le décès de leur fils aîné, Louis, capitaine dans la garde du roi de Westphalie, tué lors de la bataille de la Moskowa le 17 septembre 1812. La ville, assiégée, subira un siège de 117 jours et le sous- préfet D' ANDLAU remplira de façon exemplaire la tâche éprouvante d'assurer les besoins de la population civile. Après une brève réinstallation à Wittenheim, il est nommé sous- préfet à Metz durant les Cent Jours. La défaite impériale le renverra à nouveau à Wittenheim où il tentera de survivre au bord de la ruine. Les royalistes lui feront payer sa fidélité à l'Empereur en lui refusant tout poste dans l'administration et dans l'armée. Pour couvrir un emprunt de 80.000 F, il hypothèque la totalité de son patrimoine en 1815. A nouveau désigné maire de Wittenheim à partir de mai 1821, il donne sa démission en 1823 car, à bout de ressources, il doit céder et quitter le château de ses ancêtres. In extremis il obtient en avril 1824 la place de juge de paix à Cernay. Ses modestes revenus lui permettront de faire survivre ses quatre enfants. Le dernier de ses fils n'aura d'autre ressource que de s'engager comme simple soldat dans le corps expéditionnaire chargé de coloniser l'Algérie. Il y décède au combat le 21 avril 1833. Georges Conrad d'Andlau fut aussi conseiller municipal de Cernay à partir de 1831 et remplit sa charge de juge de paix jusqu'à son décès. Son épouse le rejoindra dans la tombe en 1840.

J.Ch. WINNLEN